Acaba de aparecer en LUXEMBURGO (en el periódico LUXEMBURGER WORT) esta bellísima crítica sobre mi novela BIOY. Lamentablemente solo está en francés. La autora (Claire Leydenbach) es escritora y poeta. Me siento muy honrado por su lectura. Les dejo debajo el texto.

Captura de pantalla 2015-05-26 a la(s) 09.49.40Par CLAIRE LEYDENBACH

Periódico LUXEMBURGER WORT (9 de mayo, 2015)

On pourrait parler de roman totalisant. «Bioy» est le premier roman du Péruvien Diego Trelles Paz à être traduit en français. Couronné du prestigieux prix Francisco Casavella, il appréhende la violence qui a marqué le Pérou des années 80 jusqu’à aujourd’hui et bat en brèche toute tentative manichéenne de tracer une frontière nette entre bons et méchants. Cette frontière n’existe pas, à l’image de ce flic infiltré qui en vient à commettre les crimes qu’il est censé combattre, au nom de la crédibilité de sa couverture; à l’image de ce militaire, beau et blond –c’est Bioy– qui, de jeune homme tendre et doux, se transforme en tortionnaire.

Totalisant, ce roman l’est par ses formes –blog, carnet de note, annotations filmiques, narration plus traditionnelle–, manière de rappeler peut-être que la distinction entre le fond et la forme n’est qu’une vue de l’esprit quand il s’agit de rendre compte de la réalité. Par son fond aussi: du côté de l’intrigue, on court plusieurs lapins avec, pour fil conducteur, une sorte d’(en)quête vengeresse que mène le fils d’une militante poursuivant les militaires ayant perpétrés les crimes auxquels le lecteur est prié d’assister au début de l’ouvrage. «Prié» n’est d’ailleurs pas le mot juste: le lecteur est sommé de lire ou bien de s’en aller. Affronter cette première scène vaut consentement au pacte que l’écrivain propose au lecteur:

«Vous –femme au foyer, honnête homme, respectable entrepreneur– vous devez interrompre votre lecture. Changez de livre. Changez d’auteur. Comment raconter l’horreur quand elle est plus puissante que n’importe lequel de mes mots? Comment nommer ce qu’on a du mal à imaginer? Mieux vaut s’arrêter, lâcher le stylo, refuser. Ceci n’a pas eu lieu. Ceci n’existe pas. [Retour de caméra]»

De la «littérature gonzo»

On voudrait qualifier cet ouvrage de «littérature gonzo» comme on parle de journalisme gonzo pour désigner un genre qui ne prétend pas à l’objectivité et inclut souvent le journaliste et son «je». Pas de style «naturel» ou de neutralité surplombante de la part d’un narrateur omniscient: la caméra se signale. Et la jeune fille qui «regarde [ses bourreaux] en contre plongée» a «le point de vue de la femme évanouie au centre de Lima».

La douleur, «la sensation apocryphe d’une tombe ouverte, d’un corps inerte sur le point d’être enterré», la font plonger du côté d’un délire salvateur, et elle se mue alors en cette «petite fille qui dort sur le dos», allongée sur les pierres angulaires de «La Punta»».

Pourquoi le journalisme serait il plus légitime que la littérature pour rendre compte de la réalité? Cette dernière, qui peut se permettre de pulvériser les codes étriqués de tous les genres, n’offre-t-elle pas infiniment plus de possibilités pour approcher une vérité? Une exploration des frontières, donc, que ce livre. Celle des possibilités de l’écriture fictionnelle –Diego Trelles Paz se fait alors cow-boy, poussant toujours plus loin la conquête sans jamais buter sur une limite qui se tiendrait dans un far, far-west.

Dans «L’Amour fou», André Breton disait que «La beauté convulsive sera érotique-voilée, explosante-fixe, magique-circons- tancielle, ou ne sera pas». Elle est ici convulsive et explosante, comme cette écriture empreinte de l’amour fou que Diego Trelles Paz nourrit à l’égard d’une littérature dont il est un fin connaisseur… et un aventurier.

Diego Trelles Paz, «Bioy», traduit de l’espagnol (Pérou) par Julien Berrée, éditions Buchet, Chas- tel, 352 pages, ISBN: 978-2283027851.